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Reportage : Descente dans les labyrinthes du Sodabi frelaté

Le Sodabi, boisson alcoolisée, préparé à base  du vin de palme, très prisé par les populations, subit une dangereuse contrefaçon L depuis quelques années  au Togo. A partir d’une solution d’alcool éthylique, le Sodabi frelaté est fabriqué aisément. La consommation de cette boisson entraine des dégâts sanitaires considérables.  Descente dans les secrets d’une industrie meurtrière qui échappe presque à tout contrôle.

Vendredi 16 Mars 2019. Nous sommes dans  le village de Fongbé, dans la préfecture du Zio. Dans ce village, Fo Koffi, environ 70 ans, est reconnu pour sa maitrise de l’art de transformation du vin de palme en Sodabi. Fier de son savoir ancestral, ce septuagénaire nous ouvre la porte d’accès de sa distillerie artisanale, jouxtant sa résistance. Sous une paillote s’active le feu chauffant un grand fût. Un conduit en cuivre d’une vingtaine de mettre de long et 0,5 cm de rayon relie le fût hermétiquement fermé à un bidon en plastique. Le tuyau est enroulé sur deux à trois niveaux, tel un ressort submergé dans les eaux des deux autres fûts distants de 5 mètres environ. « La première vapeur qui s’échappe par le conduit est transformée au contact de la fraîcheur d’eau en d’autres barils en liquide au cours de son parcours. Il s’agit de l’eau qui annonce l’arrivée imminente de la première gouttes d’alcool », explique le vieil homme.  « C’est pour filtrer l’alcool qui va commencer à couler », a-t-il averti.

 La ”raffinerie” du vieux Fo Koffi vient de produire 1litre d’alcool. « Ce premier type dénommé « Zota » est le er èmeSodabi 1 degré. Le 2 degré, c’est le èmeSodabi ordinaire. Le 3 degré appelé Essiha, est retourné au feu selon le même processus.

Depuis quelques temps, le Sodabi produit par ce septuagénaire fait face à la concurrence du Sodabi frelaté. « C’est dommage ! », se lamente Fo Koffi.

préparation du sodabi (photo:adt-france-togo)

A la découverte du Sodabi frelaté…

Le Sodabi frelaté se produit à une échelle industrielle ici, au Togo. Il suffit pour peu de disposer de l’alcool éthylique facilement disponible sur le marché noir. L’eau de robinet le Sodabi premier degré et le souchet entrent dans la composition de cet alcool frelaté. « Il y a une norme à respecter pour aboutir à cette contrefaçon proche de l’original », indique Somabe, la trentaine à peine, l’un des spécialistes du Sodabi frelaté dans une localité de la préfecture de Yoto. « Pour obtenir le Sodabi frelaté, il faut mélanger quelques litres d’eau de robinet, un litre d’alcool éthylique, un litre de Sodabi premier degré appelé ”zota” », indique notre interlocuteur. Le produit fini est obtenu au bout de quelques heures.

La production à base de fruit

Le Sodabi frelaté s’obtient également à partir du sucre, de la mangue, de la levure et des déchets issus de la préparation du vrai Sodabi. « Les résidus du vin de palme mis à feu pour extraire le Sodabi servent à conditionner le sucre et la levure non seulement pour parvenir à la fermentation de ce mélange mais aussi pour l’arôme du vin de palme dans le nouveau liquide. Ce mélange est porté au feu pour préparer du Sodabi frelaté », explique Messan, 45 ans, un producteur de Sodabi (le vrai), « l’orignal », à Zafi dans la préfecture de Yoto. Cet homme dessert lui-même plusieurs buvettes de la capitale pour éviter que ses produits soient mêlés à ceux contrefaits. Le Sodabi de cette localité est très prisé par les consommateurs  car ses fabricants aussi jouissent d’une notoriété. « C’est d’ailleurs le label le plus recherché par les consommateurs », confirme Ayélé tenancière d’un débit de Sodabi à proximité du Centre communautaire de Bè.

Ces vrais producteurs se plaignent de la contrefaçon du Sodabi qui est devenue une pratique en vogue. Car non seulement le Sodabi frelaté peut causer d’énormes dégâts sanitaires voire tuer les consommateurs mais aussi détruire la réputation des vrais producteurs qui exercent depuis plusieurs années. « C’est un vrai problème que des individus sans scrupules se livrent à cette pratique très dangereuse. Ceci détruit notre réputation et diminue nos chiffres d’affaires », a ajouté, le visage marqué, le vieux Messan.

A cet effet, depuis quelques années, la Ligue des Consommateurs du Togo (LCT), une association de protection, de promotion et de défense des droits des consommateurs livre une guerre acharnée contre les producteurs d’alcool frelaté. Au cours de l’année 2015, plusieurs réseaux ont été démantelés et les coupables écroués. Mais la pratique persiste.

Un danger public…

Comme susmentionné, plusieurs de nos concitoyens consomment quotidiennement le Sodabi. Ce qui n’est pas sans conséquence sur leur santé surtout si la boisson est de mauvaise qualité. En effet, très prisé par les jeunes et les plus démunis, l’alcool frelaté fait des ravages. Les populations ignorent souvent les dangers de ces produits, encore plus nocifs que l’alcool communément consommé. « Il y a deux types d’alcools, détaille un médecin. L’alcool de consommation qui est fait à base d’éthanol et les alcools ménagers qui sont faits à partir d’éthanol mélangé à du méthanol ». « De façon générale, la consommation d’alcool frelaté est fortement déconseillée, c’est clairement une prise de risques. Mieux vaut boire de l’alcool dont la qualité est garantie », a-t-il ajouté. « Le meilleur Sodabi a un arome proche de celui du vin de palme. Il n’attire pas la mouche. L’insecte s’éloigne au risque d’être affaibli par l’odeur de l’alcool. Au contraire le Sodabi malsain attire la mouche et dégage des odeurs relatives aux ferments de base », indique Fo Koffi.

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